Anna Ak Kuu & son école de préparation aux examens FLE : le Quetzal Français

Anna Ak Kuu : quand un voyage change une vie… et donne naissance à une école de français pas comme les autres

 

Certaines personnes créent une entreprise après avoir trouvé une idée...
Anna, elle, a commencé par trouver un pays.

 

Ou peut-être que c'est ce pays qui l'a trouvée - Dans son histoire, les deux versions se défendent bien.

 

Aujourd'hui installée au Kirghizstan, cette Française de 29 ans construit Le Quetzal Français, une école en ligne spécialisée dans la préparation aux examens de français.

 

Elle accompagne principalement des apprenants issus des pays post-soviétiques qui veulent étudier en France, immigrer au Canada avec leur famille ou obtenir la nationalité française.

 

Mais derrière les cours, les plateformes et les sigles d'examens se cache une histoire beaucoup plus personnelle : celle d'une jeune femme curieuse, longtemps persuadée que l'entrepreneuriat n'était pas fait pour elle, jusqu'à ce qu'un pays situé à des milliers de kilomètres de chez elle lui souffle exactement le contraire...

 

"Je pensais que l'entrepreneuriat n'était pas fait pour moi"

 

Quand on échange avec Anna, une chose saute immédiatement aux yeux : elle adore apprendre.

 

Pas le petit "j'aime bien découvrir de nouvelles choses" poli et cliché que l'on glisse dans une présentation LinkedIn - chez elle, c'est presque une discipline de sportif de haut niveau.

 

Pendant ses études à Lille, elle cumule une licence d'histoire, parcours politique et administratif, une licence de russe à distance, un diplôme universitaire de Français Langue Étrangère, puis des masters en FLE, en sciences des religions et en droits de l'enfant, ce dernier à Genève - le tout souvent en parallèle, parce qu'une seule formation à la fois n'était visiblement pas suffisamment stimulante pour l'envie d'apprendre d'Anna !

 

Pourtant, malgré cette curiosité insatiable et la réussite des projets qu'elle mène de front, elle ne s'imagine absolument pas entrepreneure…

Comme beaucoup, elle pense qu'il faut être « faite pour ça » : avoir la bosse des maths, maîtriser l'informatique, posséder le bon profil ou, au minimum, afficher une confiance en soi en béton armé.

 

Anna, elle, estime ne cocher aucune de ces cases.
 

"Je pensais que je n'étais pas assez intelligente,
que je n'avais pas les capacités mathématiques ou informatiques nécessaires.

On me l'avait dit, ... et j'avais fini par le croire
."

 

Cette croyance l'accompagne pendant plusieurs années. Elle ne sait pas encore que son meilleur cours d'entrepreneuriat ne sera dispensé ni dans une école de commerce ni derrière un écran, mais au Kirghizstan, à plusieurs milliers de kilomètres.

 

Un hasard… qui va sérieusement rebattre les cartes

 

Lorsqu'elle est étudiante à Lille, Anna vit dans une résidence internationale.
Elle est la seule Française à passer l'essentiel de son temps avec les étudiants étrangers, ce qui lui permet notamment de parfaire son anglais presque sans y penser…

 

Un semestre, plusieurs étudiants russophones arrivent. Parmi eux, des jeunes femmes kirghizes avec lesquelles elle se lie d'amitié... En quatrième année de fac, elle décide de partir deux mois et demi au Kirghizstan pour améliorer son russe et enrichir le dossier du master suisse qu'elle convoite.

 

Son raisonnement de l'époque tient en une formule délicieusement pragmatique :
 

"Je me disais que ça ferait bien de dire : j'étais au Kirghizstan, j'ai survécu."

 

Elle ne se contente pas d'en revenir…
Elle a très vite envie d'y retourner.

 

L'expérience lui plaît tellement qu'elle repart quatre semaines quelques mois plus tard.

 

Elle intègre ensuite son master à Genève, mais une pensée revient avec une régularité assez peu compatible avec un projet de vie suisse :

 

"Mais qu'est-ce que je fais là ?
C'est au Kirghizstan que j'ai envie d'être.
"

 

Dès que la situation sanitaire le lui permet, elle y retourne pour s'y installer réellement.

 

En novembre 2026, cela fera cinq ans qu'elle y vit.

 

Le pays qui lui a donné l'audace d'oser

 

Ce qui attache Anna au Kirghizstan ne se résume pas à ses paysages, à sa culture ou aux amitiés qu'elle y a nouées. Ce pays lui offre aussi quelque chose qu'elle trouvait difficilement ailleurs : un environnement qui encourage l'initiative au lieu de commencer par en dresser la liste des risques.

 

Elle raconte un échange très simple avec une pharmacienne. Celle-ci lui demande ce qu'elle fait au Kirghizstan. Anna répond qu'elle est en train de créer son entreprise.

La réaction la surprend presque : « Oh ! Félicitations ! »

 

Pas de sourcil levé.
Pas de "c'est risqué".
Pas d'interrogatoire surprise sur son plan de retraite à 67 ans.
Juste un encouragement spontané, enjoué et sincère.

 

"En France, il y a ce tabou autour de l'argent et de l'entrepreneuriat, surtout si tu n'as pas fait une école de commerce ou si tu ne viens pas du bon profil.
Au Kirghizstan, quand tu dis que tu crées un business, les gens te félicitent.
"

 

Cette différence de mentalité transforme peu à peu son rapport à elle-même. Anna comprend que notre environnement ne se contente pas de nous entourer : il finit parfois par parler dans notre tête.

 

S'éloigner lui permet de distinguer ses propres peurs de celles que les autres avaient aimablement déposées dans ses bagages.

 

Elle le résume avec une sincérité qui ne cherche pas à enjoliver l'histoire :

 

"Sans le Kirghizstan,
je ne pense pas que je me serais lancée dans l'entrepreneuriat…
Je savais que si je restais en France ou en Suisse, j'allais trop me laisser imprégner par les émotions et les préjugés de tout le monde.
Alors je suis partie.
"

 

Le Kirghizstan ne lui a pas vendu une confiance en soi miraculeuse, garantie en trois étapes et livrée avant lundi. Il lui a offert mieux : l'espace nécessaire pour essayer.

 

Le Quetzal Français : des cours de langue, mais surtout des portes à ouvrir

 

C'est dans cet environnement qu'Anna développe Le Quetzal Français, son école en ligne de FLE (ou Français Langue Étrangère).

 

Sa spécialité s'est construite progressivement, au fil des rencontres, des premiers cours et des besoins très concrets de ses élèves : la préparation aux examens officiels de français.

 

Elle travaille principalement avec des personnes issues des pays post-soviétiques, ainsi qu'avec quelques apprenants d'autres pays.

 

Certains sont de jeunes étudiants qui préparent le DELF B2 pour poursuivre leurs études en France, d'autres ont entre 25 et 40 ans, sont mariés, ont des enfants et préparent le TCF Canada pour tenter de construire une nouvelle vie avec leur famille.

 

Anna accompagne également des candidats au TCF IRN, notamment dans le cadre d'une demande de nationalité française.

 

À terme, son ambition dépasse largement cette première zone géographique : elle souhaite rendre ses accompagnements accessibles partout dans le monde, et surtout, à tous ceux qui pourraient en avoir besoin.

 

Derrière chaque copie, il y a donc rarement un simple objectif de grammaire...
Il y a une admission,
un projet d'immigration,
un passeport plus puissant,
une famille qui espère davantage de possibilités.

 

Anna l'a compris en écoutant ses élèves se confier sur leur vie, leurs contraintes et l'immense pression qui accompagne ces examens.

 

"Quand j'ai réalisé l'importance du DELF B2 ou du TCF Canada pour les étudiants, je me suis dit Wow, c'est tellement de pression."

 

Elle qui avait d'abord pensé ne jamais vouloir se spécialiser dans un domaine aussi chargé d'enjeux… Elle en a finalement fait son expertise.

 

Certains virages professionnels prennent la forme d'un grand plan stratégique…

D'autres commencent par un « wow, quelle pression ».

 

À qui s'adresse Le Quetzal Français ?

 

Derrière le nom poétique se cache une offre très concrète, conçue autour de quatre besoins principaux.

 

Aux étudiants qui préparent le DELF B2 pour étudier en France

Anna les aide à atteindre le niveau attendu et à se préparer aux exigences réelles de l'examen, notamment en production écrite et orale.

 

Aux adultes qui préparent le TCF Canada pour un projet d'immigration

Beaucoup ont déjà une vie bien remplie, un travail et des enfants. Leur préparation doit donc être rigoureuse, mais aussi compatible avec le monde réel, ce détail parfois oublié par les emplois du temps théoriquement parfaits.

 

Aux candidats au TCF IRN

Cet examen concerne notamment les démarches liées à l'intégration, à la résidence et à la nationalité française.

 

Les épreuves étant proches de celles du TCF Canada, Anna construit une plateforme commune, avec les variantes nécessaires pour chaque parcours.

 

À tous les débutants qui ont besoin d'apprendre le français le plus vite possible

Anna développe également un parcours destiné aux débutants qui ont peu ou même aucune connaissance en langue française et qui veulent consolider rapidement les bases académiques indispensables avant de préparer un examen.

 

"L'idée n'est pas de leur faire réciter pendant six mois que la boulangerie se trouve à gauche de la gare...

Il s'agit de leur donner plus vite les structures dont ils auront réellement besoin pour argumenter, comprendre et produire un français solide,
conformément aux attentes des examinateurs."

 

Ce qui distingue son approche, c'est cette obsession du résultat utile : un cours n'est pas réussi parce qu'une vidéo a été regardée jusqu'au bout - Il l'est lorsqu'un étudiant comprend mieux la méthode et les structures requises à l'examen, progresse et se rapproche concrètement du projet qui l'a poussé à apprendre le français.

 

Pour transformer cette expertise en formations accessibles en ligne, Anna construit actuellement trois plateformes avec LearnyBox :

 

  • une préparation au DELF B2,

  • un parcours commun pour le TCF Canada et le TCF IRN,

  • ainsi qu'une formation de français académique pour les niveaux débutants à intermédiaires.

 

Elle peut y réunir vidéos, audios, PDF, exercices, corrections et ressources externes, puis ajouter progressivement des éléments de gamification et des certificats - autrement dit, moins de fichiers éparpillés façon chasse au trésor numérique, davantage de temps consacré aux apprenants. C'est aussi ça, la puissance d'un outil complet comme LearnyBox !

 

Une entrepreneure… mais aussi une autrice

 

Impossible de résumer Anna à son école de français. Elle a manifestement décidé qu'une seule aventure ambitieuse à la fois serait beaucoup trop reposante !

 

Depuis toujours, elle écrit. Il y a trois ans, elle a publié au Kirghizstan un premier roman de fantasy pensé pour les lecteurs kirghizes et nourri par la culture du pays.

 

Elle voit d'ailleurs cette publication comme une manière de remercier le Kirghizstan pour ce qu'il lui a apporté, en contribuant à son échelle à la lecture et à la culture locales.

 

Depuis près d'un an, elle est également accompagnée par l'autrice française Cécile Duquenne afin d'affiner son écriture pour un lectorat français.

Son premier roman destiné au public français paraîtra le 1er janvier 2027, et cette nouvelle aventure commence déjà à créer des passerelles…

 

Lors d'un passage imprévu en France, Anna rencontre Ruslan Bekbolotov, un représentant de l'ambassade du Kirghizstan à Paris et… L'ambassade envisage aujourd'hui de l'accompagner dans l'organisation d'un événement autour du roman après sa publication.

 

Les échanges ouvrent aussi la voie à de futures initiatives autour du Quetzal Français et des relations franco-kirghizes. Dans la même période, elle discute avec un journaliste de Radio France Internationale rencontré à Bichkek dans le cadre du Printemps de la Francophonie.

 

Anna garde les pieds sur terre et ajoute avec prudence : "Ce sont juste des signes pour l'instant, peut-être que ça ne mènera nulle part…"

 

Mais les projets les plus solides commencent rarement par une fanfare et trois communiqués de presse… Ils commencent par des conversations, des contacts et quelques graines plantées au bon endroit ! 

 

Quand le manque de confiance devient, contre toute attente, un certain avantage

 

Anna ne raconte pas avoir terrassé tous ses doutes au sommet d'une montagne kirghize, musique inspirante en fond...
Elle manque encore de confiance en elle, dit-elle, même si c'est "moins pire qu'avant".
 

La formule est modeste... Elle est aussi très "Anna".

Mais elle a appris à faire avec ce qu'elle avait, et parfois même à retourner ses fragilités pour en faire des outils :
 

"Il y a au moins un avantage à ne pas avoir confiance en soi :
il y a très peu de croyances limitantes...

Ou du moins, ce n'est pas difficile de se remettre en question.
C'est ça, le seul avantage du manque de confiance, pour moi.
"

 

Cette capacité à se remettre en question explique sans doute une partie de son parcours. - Anna apprend, teste, corrige, recommence. Elle ne prétend pas tout savoir avant de se lancer.

Et heureusement... Sinon elle serait peut-être encore occupée à passer avec brio un quatrième master avant de s'autoriser à sortir la première leçon !

 

Pourquoi nous avons eu envie de mettre Anna en lumière

 

Chez LearnyBox, nous rencontrons des entrepreneurs aux parcours très différents.

 

Certains ont bâti leur projet au fil d'un plan parfaitement ordonné, d'autres suivent une route qui ressemble davantage à une carte annotée au crayon, avec des détours, des rencontres et quelques frontières traversées.

 

Le parcours d'Anna appartient clairement à la seconde catégorie…
Et c'est précisément ce qui le rend inspirant.

 

Anna avance avec beaucoup d'humilité, une curiosité presque sans fond et une détermination qui ne fait pas beaucoup de bruit, mais qui ne lâche rien.

 

Elle construit ses formations, accompagne ses élèves, écrit ses romans et tisse des liens entre la France et le Kirghizstan, sans jamais perdre de vue ce qui donne du sens à l'ensemble : aider des personnes à gagner en liberté.

 

Son histoire rappelle qu'il n'existe pas de profil réglementaire pour entreprendre.

 

On peut douter, ne pas aimer vendre, avoir peur de la technique et avancer quand même. Parfois, il suffit d'une rencontre, d'un voyage ou d'un pays auquel on ne pensait jamais s'attacher pour que toute une vie change de direction.

 

Anna était partie au Kirghizstan pour améliorer son russe et ajouter une ligne originale à son CV,

Sept ans plus tard, elle y construit une école de français, prépare un roman pour le public français et crée, à sa manière, des ponts entre deux pays.

 

Pour une parenthèse étudiante, voilà qui est plutôt productif !
On a (vraiment) hâte de voir la suite.

 

Vous pouvez retrouver Anna et Le Quetzal Français sur Instagram, où elle partage son quotidien d'enseignante de FLE et d'entrepreneure depuis le Kirghizstan.